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Présence

Les images que je rappelle à ma mémoire
afin d’en profiter encore, sont comme des fantômes
qui à la fois me hantent mais savent aussi
trop vite disparaître.

Je fais l’effort alors, les yeux fermés,
de les tenir un peu tranquilles, les maintenant
à la surface.
Je suis la gardienne du château.
Et il m’est arrivé, au lieu de les tenir tranquilles,
de leur ordonner de danser.

Souvenirs denses et flottants, ils sont venus,
nombreux et insistants, narguer mon imagination.
Je les ai pris chacun à part
et j’ai travaillé à changer
leur insolente physionomie.

J’ai ainsi vu des singes dans du feuillage rose
et le turban orange sur la tête d’un homme
prendre mille nuances,
le sourire d’enfants, esquissé et timide
s’emplir de connivence
se faire plus précis.

Et puis j’ai vu sa nuque sous le turban doré
et de frêles épaules, légèrement voilées.
Sans croiser son regard
je sais qu’il fixait
l’horizon étoilé, trempé et silencieux.

L’horizon comme un lac.

Parfois ils étaient deux.